EXTRAIT DE LA REPUBLIQUE DU CENTRE DU VENDREDI 25 JUILLET 2002
Quand on dirige un restaurant, on
peut gagner sa vie en faisant de la brasserie, des pizzas
ou du " fast food ", comme on dit en anglais. Il
est pourtant des cuisiniers qui s'entêtent à
proposer des saveurs, du goût, du service, du plaisir...
qui veulent faire de la vraie cuisine, avec tout l'acquis
culturel que ce mot véhicule en France, patrie de la
gastronomie.
Philippe Bardau est de ceux-là. C'est un homme discret,
à la technique sûre et au talent reconnu. Dans
son restaurant " Les Antiquaires ", à deux
pas des quais de Loire à Orléans, il met en
oeuvre les commandements qu'un cuisinier digne de ce nom se
doit de respecter. Il le fait avec bonheur, puisque, malgré
les difficultés qui peuvent se présenter lorsque
l'on vient d'ailleurs pour reprendre un établissement
de ce niveau, il est reconnu par la critique comme l'un des
cinq meilleurs cuisiniers du Loiret, et comme le meilleur
d'Orléans.
Ébloui par Troisgros
Comment se retrouve-t-on un jour
auréolé d'une étoile attribuée
par le plus sérieux des guides gastronomiques, le Michelin?
Pour Philippe Bardau, l'histoire
commence très tôt. Il n'a pas quinze ans lorsque
ses grands-parents, bouchers-charcutiers à Paris, lui
font connaître l'ambiance des grandes tables, comme
Troisgros à Roanne (Loire) . Il est ébloui.
C'est décidé: il entre à l'école
hôtelière de Paris. Pendant ses vacances, ses
grands-parents l'emmènent à " L'Oasis "
à Mandelieu (Alpes-Maritimes), alors parée de
trois étoiles au fameux guide rouge. En rentrant, il
écrit à Louis Outhier, qui régnait sur
ce monument de la gastronomie, pour proposer ses services.
Et cela marche! Voici donc Philippe Bardau, à 18 ans,
dans l'un des vingt meilleurs restaurants de France. "Pour
moi, cela a été le début de la grande
aventure. J'ai senti que j'entrais dans la culture des "grandes
maisons" " confie-t-il.
Après, ce sera " Le
Négresco " à Nice, chez Jacques Maximim,
" Un chef puissant, parfois excessif, doué d'une
énorme créativité", avec qui il
apprendra le second degré de la cuisine, mais aussi
la discipline, le respect, l'amour du travail. "J'ai
eu la chance d'arriver en plein mois, d'août; pendant
deux mois, j'ai bouché les trous, et j'ai beaucoup
appris " confie aujourd'hui Philippe Bardau. Entré
comme commis, il devient chef de parti, régnant sur
la cuisine de la mer.
Cuisine de saveurs
En 1984, après un court passage
à " La Crémaillère " à
Orléans, Philippe Bardau est appelé comme second,
au " Bourdonnais " à Paris (7e). Il deviendra
le chef de cette honorable maison. C'est en 1997 que, voulant
s'installer dans ses murs, il reprend " Les Antiquaires
" à Orléans, Depuis, avec Pascale Arnaud,
qui veille sur la salle et sur la cave, avec ses deux seconds,
Bertrand Bonnet et Tony Renaudin, avec son pâtissier
(qui façonne et cuit le pain avant chaque service),
et avec toute sa brigade, Philippe Bardau donne aux Orléanais
l'image de ce que peut être une cuisine moderne puisant
ses racines dans le meilleur de la gastronomique française.
Les plus beaux produits, de l'agneau de lait des Pyrénées
" Label Rouge " au poulet fermier " Coucou
" de Rennes, en passant par la pêche de Carantec
(Finistère)... Produits simples ou nobles, de la meilleure
provenance, transformés avec créativité
dans la tradition de la grande cuisine. Cuisine de saison,
cuisine de saveurs, pour le bonheur de ceux qui savent l'apprécier.
Claude GAGNEPAIN.
INTERVIEW : POUR DEVENIR UN GRAND CHEF
Que faut-il pour être un bon cuisiner?
D'abord, de la technique. La cuisson
d'une ou d'un légume ne s'improvise pas. Le cuisinier
d'aujourd'hui doit même connaître les rudiments
des transformations physico-chimiques des aliments, sans bien
sur vouloir rivaliser avec Hervé This, grand théoricien
de cette discipline.
La cuisine, c'est aussi du travail,
ce qui est vrai pour la plupart des métiers de bouche.
On ne devient pas un << grand >> sans investissement
personnel important, somme de quantité de travail et
d'intérêt pour ce que l'on fait.
Pour briller au firmament des cuisiniers,
il faut aussi du talent et de la créativité.
Là, il importe de tordre le cou aux idées reçues
: il ne suffit pas d'innover, ni de mélanger des saveurs
ou des textures pour réussir. Contrairement à
ce que rabâchent les publicités, ce qui est nouveau
n'est pas forcément meilleur.
Comme certains artistes, des cuisiniers
ont fait n'importe quoi sous prétexte d'innovation
: assiettes pratiquement vides, mélanges sucrés salé
sans intérêt, voire écurants, et
surtout, saveurs non adaptées au goût des consommateurs.
Tout comme le vin, la cuisine est
question d'équilibre. Elle doit remplir deux fonctions
complémentaires : l'apport des nutriments dans des
quantités et des proportions définies et le
plaisir. Plaisirs des yeux quand arrive l'assiette, plaisir
du palais pendant la dégustation, plaisirs raffinés
quand la cuisine, simple ou élaborée, atteint
à la perfection.
LES ANTIQUAIRES : MANGEZ ETOILE !
Année feu d’artifice pour le propriétaire des Antiquaires. En plus des
10 ans du rachat du fameux établissement et de ses 20 ans d’étoilé
Michelin, Philippe Bardau se prépare à ouvrir un nouveau restaurant.
Il en a fait l’une des tables les plus chics de
la place d’Orléans et du Loiret. L’une des
meilleures même pour une pléiade de guides
touristiques et critiques gastronomiques. Feutré
et cosy à souhait. « Je voulais quelque chose de
raffiné, mais pas guindé, avec de la convivialité
et de la simplicité », souligne Philippe Bardau.
Et de la rue au Lin aux élégantes tables rondes,
il n’y a qu’une porte-tambour digne d’un vrai palace.« Pour le côté mythique », confie le restaurateur.
Mais certainement aussi au nom de toutes
ces années passées auprès des plus grands chefs : « J’ai toujours travaillé dans un étoilé Michelin.
Chef cuisinier à La Bourdonnais à Paris pendant
10 ans, deux ans à l’Oasis à La Napoule, puis au
Negresco à Nice. Mon bagage, c’est d’avoir fait
de grandes maisons ».
Reconnu Maître Cuisinier
de France il y a huit ans, il est aujourd’hui à la
tête de trois établissements : Les Antiquaires – « l’unique étoilé Michelin à 50 km à la ronde » –,
Le Next Door (juste à côté) et Les Terrasses du
Parc au Parc Floral. Toujours en cuisine à contrôler
les plats, Philippe Bardau tient le goût des marchés et des bonnes tables de ses parents et
grands-parents. Et pour lui le produit est sacré. « Toute l’année on travaille avec des produits
naturels, frais et très savoureux. Notre cuisine est sans cesse renouvelée et au goût du jour :
cuisson courte, infusions et bouillons pour la
tendance actuelle. »
Et aux Antiquaires, pas
question de manger des fraises en hiver ! Ici, on
respecte les saisons : figues fraîches en été ;
Saint-Jacques et cèpes d’octobre à fin avril ;
fenouil, choux, poireaux en hiver. « C’est aussi à
nous de faire redécouvrir certains goûts. » Pour
cela, le menu affaire à 40 € (cinq entrées au choix,
cinq plats, fromage, cinq desserts, vin et café), le
menu gourmand à 48 €, le menu dégustation à
72 € ou encore la carte avec en saison lièvre à la
royale, perdreau gris rôti en cocotte, noisette de
chevreuil….
Un brunch avec vue sur la Loire ?
Mais Philippe Bardau est aussi un homme de challenge.
Dernier défi en date : fermer Les Antiquaires
et Le Next Door pour ouvrir un tout nouveau
restaurant en juin 2008 au-dessus du cinéma
Pathé. « Je repars à zéro, on va faire quelque
chose de moderne dans un décor très design, mais
chaleureux, avec vue sur la Loire, la cathédrale
et les jardins.
L’ambiance sera plus décontractée
et la cuisine
toujours aussi raffinée : on
retrouvera notre patte. ».
Avec en prime une carte des vins bien fournie, pour tous budgets ! « Les gens
sont désireux de nouveautés.
On aimerait proposer
un brunch le samedi
et le dimanche midi. La
cuisine et les modes de vie évoluant, il faut constamment être en éveil. Entre
autres projets, proposer
de la street food et de la
sandwicherie de luxe me
plairait assez. Donner des
sensations de grands plats
avec un sandwich… ». Décidément,
Philippe Bardau
n’a pas fini de nous mettre
en appétit.
LOIRET ECO, Le magazine économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Loiret
(octobre 2007).
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